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L'installation

L’Église du Cambodge clôture le dossier de reconnaissance de ses martyrs

Le 18 mars prochain, une cérémonie aura lieu à Phnom Penh pour marquer la fin de la période d’enquête sur les chrétiens catholiques tués durant la guerre civile et sous le régime des Khmers rouges (1970-1979) à cause de leur foi.
Je reproduis ci-dessous un article écrit en 2009 pour le journal du séminaire où je me formais, le séminaire Saint-Sulpice en Île-de-France qui a accueilli plusieurs séminaristes cambodgiens concernés.

Troisième d’une famille de huit enfants de la paroisse de Moat Krasas, le petit Salas CHHMAR sera baptisé sous le patronage de saint Joseph. Il est issu d’une famille catholique de Phnom Penh, la capital du Cambodge. Doué, il fera ses études  primaires à l’école de l’immaculée conception. Assez tôt il manifeste son désire de devenir prêtre. Son évêque, l’envoie au petit séminaire de Saint Roch vers Montpellier.

Il y retrouvera ses compatriotes Yen CHHEM et Im TEP qui deviendra préfet apostolique de Batambang en 1968. Après avoir passé son baccalauréat, il intègre le séminaire de Saint Sulpice. Quelques années plus tard, en 1958 son frère Salem, de quatre ans son cadet, le rejoint. Dans leurs lettres à leurs parents transparait leur bonheur. Ils sont heureux d’étudier.

De retour dans son pays il n’a pas vu ses parents depuis des années mais ils se saluent simplement les mains jointes comme il est de tradition. Il est ordonné prêtre en 1964 en l’église de l’immaculée conception par Monseigneur Yves RAMOUSSE, MEP. Il fut envoyé à Batambang pour enseigner le catéchisme. On cherche à donner des responsabilités à la poignée de prêtres khmers ; Salas sera invité à la conférence épiscopale du Laos et du Cambodge. En 1967 il reprend un groupe d’action catholique fondé par Im TEP.

Mais déjà la guerre fait rage de l’autre côté de la frontière, au Vietnam, et le  Cambodge ne tardera pas à être touché. La guerre civile débute en 1970 avec le renversement de la monarchie. Salas, qui était au Sacré Cœur à Phnom Penh, aide des milliers de Vietnamiens menacés de mort au séminaire à cause du conflit. Finalement en août, tous partiront en 2 ou 3 semaines. L’ambassadeur du Vietnam lui adresse ses félicitations et lui remet un certificat de reconnaissance à l’ ambassade. Puis il repart pour Batambang aider Im TEP et veiller à la formation spirituelle. Enfin il retournera à Phnom Penh, à la paroisse chinoise du Sacré cœur.

En septembre 1974, il est envoyé en France pour suivre une formation de théologie et d’Ecriture Sainte. Il loge aux missions étrangères de Paris. Au début de l’année suivante on lui demande de retourner au Cambodge : « Je retourne au Cambodge pour y mourir » dit-il à ses amis.

Le 26 mars, il arrive à Phnom Penh assiégé par les troupes khmères rouges. On ne comprend pas pourquoi il revient. On prépare  son ordination épiscopale ! Il devint ainsi le premier évêque Cambodgien le 14 avril, pendant les festivités du nouvel an. Il est ordonné évêque sous le couvre-feu en la cathédrale Préah Méada. Les chrétiens, très nombreux, ont peur car juste avant la célébration des roquettes tombent près de la cathédrale.

Jusqu’au 17, date de la chute de Phnom Penh, il fait le choix de rester avec la communauté catholique et non pas avec sa famille. Le lendemain c’est la déportation avec sept membres de sa famille et d’autres catholiques, jusqu’à Prek Kdam puis la dispersion. Il devient difficile de vivre sa foi. Ils pensent retrouver leur frères de provinces car depuis plusieurs mois il était impossible de sortir de la capital. Le long de la RN5, les gens n’ont pas d’affaires. Il n’y a pas assez de nourriture pour tous. De plus des cadavres jonchent le bord de la route mais ils prient quand même. Familles, enfants, époux sont séparés mais ils vivent en communion.

La certitude de vivre avec Dieu aide à surmonter la souffrance. On n’oublie pas les fêtes. Il est difficile de se rencontrer. Il n’y a pas de temps libre. On prie le soir en revenant, parfois avec les enfants la nuit sans faire de bruit ou en journée, isolé dans les rizières. On ne parle plus de sa foi qu’en famille à la maison très discrètement. Salas et Salem insistent pour que les catholiques gardent la foi. Eux qui n’avaient pas l’habitude de la vie à la campagne expliquent qu’il faut apprendre à vivre différemment. Ils parlent autant aux chrétiens qu’aux autres pour redonner confiance. Salas et Salem se mettent au service des autres, ils les aident. Ils lisent la Bible quand ils ont le temps après les travaux malgré l’absence de liberté. Comme leur père, ils sont atteints du béribéri à cause de la famine.

En 1976 Salas s’engage dans les troupes mobiles car pense-t-il son rôle d’évêque  est d’aller à la rencontre d’autres catholiques. Il laisse un chapelet à sa mère et prend sur lui une petite Bible.

L’année suivante le corps de Salas enfla, provocant un œdème pulmonaire. Il meurt d’épuisement et de faim à l’hôpital mouroir de Teuk Thla. On l’enterre avec sa Bible dans une fosse commune non loin de là à Taing Kauk.

C’est aujourd’hui un lieu de reccueillement situé au centre du Cambodge, son pays, pour lequel il a donné sa vie par amour.

Yann DEFOND
Article paru dans SULP’INFO, le journal de la communauté du séminaire Saint-Sulpice N°2 mai 2009

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L'installation

Retour sur la guerre entre les royaumes khmer et thaï

Article trouvé dans la revue MEP numéro 621 de janvier 2026.
Photo : la belle et la bête, les deux visages de la Thaïlande (aéroport de Bangkok)

L’événement le plus marquant survenu en 2025 est bien évidemment la guerre d’une semaine qui a vu s’opposer Cambodge et Thaïlande. Un accord de paix avait été conclu mais son application laborieuse a finalement débouché sur une reprise des combats le dimanche 7 décembre. Cet affrontement est toujours en cours à l’heure où nous rédigeons cet article.

Des heurts d’une violence inattendue

Une escarmouche entre patrouilles a entrainé la mort d’un soldat cambodgien en mai 2025. Depuis le mois suivant, la frontière terrestre est fermée. La montée progressive de la tension a débouché sur des combats acharnés entre les deux belligérants du 24 au 28 juillet. De l’artillerie lourde, notamment des bombes à sous-munitions, fut déployée ; des blindés lourds et des avions de chasse F16 côté thaïlandais, des batteries d’obus BM21 côté cambodgien. Si l’on s’en tient à la période susmentionnée, 21 morts sont à déplorer en Thaïlande, 13 au Cambodge. De part et d’autre de la frontière les victimes sont majoritairement des civils. Les blessés sont difficiles à dénombrer. Les autorités respectives estimaient le nombre de déplacés à 138 000 côté Siam, 80 000 côté pays khmer. Depuis Phnom Penh, le ministère du travail chiffre à 920 000 le nombre de ses compatriotes travailleurs migrants revenus de Thaïlande en quelques jours. L’emblématique temple angkorien de Preah Vihéar, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO a subit un bombardement volontaire. Les démineurs cambodgiens ont relevé 142 impacts, dont 22 jugés graves, provenant de roquettes de 155 et 125 mm, de bombes à sous-munitions et de tirs de drones.* Ces dégâts sur des pierres posées au XIᵉ siècle sont irréversibles, en particulier sur les sculptures et bas-reliefs. Une partie du territoire national a été brièvement occupée. Les écoles ont fermé. Le secteur du tourisme souffre tout particulièrement dans les provinces frontalières et même au-delà. En 2025, Angkor a reçu moins de visiteurs étrangers qu’en 2024. Le directeur d’une galerie d’art de la ville de Siem Réap nous confie : « La saison touristique est censée avoir commencé mais devant la quasi-absence de visiteurs, j’ai décidé de fermer mon établissement. » Les pertes économiques sont transfrontalières. Plusieurs enseignes thaïlandaises fortement implantées au Cambodge ont dû plier bagage. Les petites entreprises ancrées localement résistent. Le propriétaire thaïlandais d’un restaurant thaï de Phnom Penh témoigne : « Depuis le début de la guerre, mes compatriotes préfèrent se faire livrer plutôt que de consommer sur place. » Il semble néanmoins plus dangereux d’être Cambodgien en terre siamoise que l’inverse. Au commencement des hostilités, des agressions xénophobes ont été signalées.

Le cessez-le-feu n’a point tenu. Des tirs d’armes légères et lourdes retentissaient épisodiquement. Plusieurs fantassins thaïlandais ont piétiné des mines à la frontière sans que l’on sache si leur pose était ancienne ou récente. Après quatre mois donc les hostilités ont repris. Les répercutions de la deuxième phase de cette guerre paraissent aussi graves que celles de la première. Le nombre de déplacés est encore plus élevé. Le temple hindouiste de Ta Krabey datant du XIe siècle a été détruit à coup d’obus de char d’assaut. Une Cambodgienne de la zone frontalière raconte comment elle a fuit de nuit : « La première fois, nous ne pensions pas que l’attaque allait durer alors nous ne sommes pas partis immédiatement. Malheureusement quand j’ai pris la décision de nous réfugier à Siem Réap avec mon mari et nos deux enfants, plus aucun véhicule n’était disponible. Alors nous avons pris notre motocyclette et seulement quelque nourriture et habits. Cette fois-ci, le casino dans lequel je travaillais a été bombardé. Le gardien a été tué ainsi que des Chinois. Lorsque j’ai entendu l’explosion, j’ai dit à mon mari que nous devions immédiatement quitter notre province. Quand nous sommes arrivés au monastère qui nous accueille provisoirement, j’ai appris qu’un autocar avait subi l’attaque nocturne meurtrière d’un drone sur la route que nous avions empruntée. »

Des raisons obscures

Force est de constater qu’en 700 ans de voisinage, jamais les deux pays n’ont su tisser de relations harmonieuses à moyen terme. Les Siamois avaient pourtant adopté la culture khmère ambiante à l’époque d’Angkor. La montée historique de l’opposition coïncida avec la fondation du royaume de Siam en 1351 et le déclin de l’Empire. L’armée siamoise mis à sac la capitale impériale en 1431. Elle fut définitivement abandonnée par les Khmers. L’influence grandissante du royaume voisin se traduisit au fil des siècles par des pertes territoriales. À l’aube de la colonisation, on peut même considérer que le Cambodge était devenu un vassal du Siam. Pourtant en 1907, la puissance protectrice des pays d’Indochine arracha le traité franco-siamois qui précise le tracé actuel de la frontière. Ainsi le pays khmer récupéra six provinces du Nord-Ouest. Ce n’est qu’après l’adoption de la dénomination royaume de Thaïlande que les nationalistes dénoncèrent le traité en 1940 à la faveur de la torpeur de la seconde guerre mondiale. La soi-disante contradiction entre les cartes et le texte n’a jamais été reconnue par la communauté internationale. L’incompréhension provient vraisemblablement du décalage entre frontière de démarcation et frontière naturelle. La chaîne du Dangrek sépare la Thaïlande au Nord du Cambodge au Sud. Le tracé frontalier suit la ligne de séparation des eaux : en haut, la Thaïlande ; en bas (pentes et plaine), le Cambodge. Mais quatre temples angkoriens surplombant la falaise furent placés côté khmer. Les logiques politique et géographique ne coïncident donc pas. Or en 1941, la toute nouvelle Thaïlande annexa le tiers ouest du pays khmer jusqu’à la défaite japonaise. En juin 1979, l’armée thaïlandaise expulsa des dizaines de milliers de réfugiés cambodgiens fuyant les Khmers rouges et l’occupant vietnamien. Leur passage forcé par les champs de mines entraina la mort de milliers d’entre aux. En janvier 2003, des manifestants manipulés par le gouvernement incendièrent l’ambassade de Thaïlande à Phnom Penh. Entre 2008 et 2011, des heurts sporadiques entre les deux armées dans la région de Preah Vihéar suite au classement du temple ont engendré la perte d’au moins plusieurs dizaines de soldats. Notons toutefois qu’entre 2020 et 2024, les dirigeants au pouvoir s’entendirent suffisamment bien pour faire disparaître chez le voisin des opposants politiques respectifs.

Au-delà du contentieux historique, le conflit actuel semble trouver sa source dans la politique thaïlandaise et le gangstérisme cambodgien. Les autorités du pays du sourire reprochent aux dirigeants cambodgiens d’héberger des trafiquants d’êtres humains se livrant aux escroqueries en ligne. Phnom Penh a ainsi fait arrêter près de 3500 escrocs en quelques mois. L’immense majorité d’entre eux sont des étrangers asiatiques, principalement des ressortissants chinois dont un grand nombre d’esclaves. Il est néanmoins hardi d’évaluer la sincérité des puissants dans ces démantèlements. Sur le plan politique interne à la Thaïlande, les militaires ont réussi 13 coups d’Etat de 1932 à 2014. Si jusque là, une bonne partie de la population approuvait un certain retour contraint à l’ordre, il ne semble pas que se soit encore le cas aujourd’hui. À présent, l’armée s’ingénie donc à trouver d’autres voies de contrôle du pouvoir. Même si dans l’escalade progressive de la violence les tords sont partagés, il n’est pas interdit d’imaginer que les gradés militaires thaïlandais voulaient cette guerre, qu’ils l’ont préméditée, qu’ils ont tout mis en œuvre pour qu’elle advienne car l’avantage politique qu’ils en tirent est réel. Avouons qu’ils ont bien été aidés en ce but par la famille Hun au pouvoir à Phnom Penh depuis 1985. Le patriarche a rendu publique une conversation privée compromettante avec la Première ministre thaïlandaise. Cette trahison a entrainé la destitution du chef du gouvernement. L’occasion était trop belle et étant donné l’intensité de la crise frontalière, l’armée a imposé sans peine son successeur, un civil certes mais un civil à sa botte.

Des voies possibles

Il est tentant de comparer les relations khmero-siamoises aux relations entre pays contigus de niveaux de vie différents comme par exemple entre les Comores et la France. Pourtant cosignataire, le pays thaï avec ses plus de 70 millions d’habitants (2024) ne respecte point les accords de paix de Paris sur le Cambodge de 1991 qui prévoyaient le respect de l’intégrité territorial de son voisin de 17 millions d’habitants (2024). En octobre 2025, un accord de paix a été ratifié sous l’égide de la Malaisie qui préside l’association des nations du Sud-Est asiatique. Sa mise en application n’était pas linéaire mais fluctuait au gré de la mauvaise foi des parties : commentaires publiques provocants et jets de pierres sur les soldats adverses à l’actif des Cambodgiens, incursions, poses de fils barbelés, aspersions aériennes de fumées toxiques, diffusion d’aboiements et de cris de fantômes par haut-parleurs à l’actif des Thaïlandais. Ajoutons que les militaires siamois détiennent toujours 18 soldats cambodgiens capturés à la frontière le 29 juillet 2025. Ceux-ci ne sont pas considérés comme détenus de droit commun. Or ils ne peuvent être considérés comme prisonniers de guerre ayant été pris peu après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu. Il s’agit donc d’otages. Le comité national olympique cambodgien a choisi d’envoyer une délégation réduite au jeux du Sud-Est asiatique organisés à Bangkok avant de la retirer purement et simplement. La mise en œuvre de l’accord est à présent suspendue.

Une réelle proximité culturelle existe entre les deux peuples alors que leurs dirigeants s’opposent radicalement. Notons que l’exact inverse prévaut quant aux relations avec l’autre encombrant voisin, le Vietnam. Il n’est donc pas illusoire d’espérer la construction d’une paix durable. Hélas de part et d’autre les gouvernants se complaisent dans une posture faussement sacrificielle de protecteur de la nation. Qu’il s’agisse de la bannière rayée ou de la bannière à l’effigie du temple d’Angkor Vat, le pouvoir politique est entre les mains de militaires. Côté thaïlandais, une poignée de pacifistes lutte malgré l’hostilité globale de la population vis à vis des khmers. Côté cambodgien, l’opinion publique est inexistante et le sentiment d’être victime innocente est très partagé.

* Rapport recueilli par Brice Pedroletti, envoyé spécial du Monde, en novembre 2025

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La cité

Nativité et Noël populaire

Tous les ans, deux fêtes cohabitent le 25 décembre. Cela est d’autant plus confondant qu’on peut les désigner l’une comme l’autre par la dénomination Noël. La fête chrétienne de la Nativité possède un nom qui lui est propre. En revanche, la fête populaire de Noël ne possède en français aucun nom distinct.

La Nativité est la fête de la naissance de Jésus le Christ que les chrétiens reconnaissent comme Dieu. On peut y voir une fête de l’incarnation, du Dieu qui choisit de se faire homme. La Noël populaire est la fête des familles, des enfants. Elle possède une imagerie forte et tend à se célébrer de manières diverses à travers le monde.
Elle n’est pas dépourvue de sens. Hélas, son hégémonie risque de faire oublier le sens bouleversant de la Nativité. En méditant devant une crèche à Lyon le 25 décembre 1856, le bienheureux père Antoine CHEVRIER fit une expérience de conversion en réalisant combien ce Dieu si grand s’était fait si petit. Nous voulons toujours plus quitte à nous éloigner des autres alors que Dieu lui-même choisit exactement l’inverse…

Ce sont des bergers qui vont adorer le Sauveur les premiers. Ces hommes passaient la nuit dehors au milieu de bêtes d’élevage. Ils sont d’une classe sociale inférieure. C’est leur humilité que nous devons désirer.

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La cité

La vocation chrétienne

« Ce que chacun de vous a reçu comme don de la grâce, mettez-le au service des autres, en bons gérants de la grâce de Dieu qui est si diverse » (1 Pierre 4, 10)

Le discernement est la force d’un chrétien donnée par l’Esprit saint en vue de l’accomplissement de sa vocation. La loi de l’évolution voulue par Dieu impose aux vivants de s’implanter dans l’environnement le plus propice selon leur espèce. Le cas de l’humain est particulier puisqu’il dispose de la capacité d’adapter son environnement. Afin de porter du fruit, le croyant doit adapter son mode de vie à ce qu’il est. « Si ta main ou ton pied est pour toi une occasion de chute, coupe-le » (Matthieu 18, 8). Sauf cas rares, la structuration mentale dont un individu hérite de sa jeunesse ne change pas. Pourtant la conversion peut s’opérer par la mise au service de l’Evangile de ses charismes et de ses défauts au moyen de l’élection ou de l’élaboration de l’environnement lui étant le plus propice.

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Les ouvriers

Émission Orient Extrême

Le témoignage unique d’un chrétien du Cambodge sur radio Notre Dame.

Interview par Joseph SAUNIER diffusé le lundi 22 septembre 2025.

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Des jeunes en mouvement

YCW Cambodia

Article écrit en anglais pour Chaplaincy Newsletter année 2013, la lettre d’information de la Coordination Internationale des Jeunesses Ouvrières Chrétiennes pour les accompagnateurs adultes.

The first activities of the YCW in Cambodia after the 2012 International Congress focused on the creation of a newsletter and a training seminar through which the fruits of the 8th International Congress were shared with the militants and other people of good will. 

The International Congress provided a rich ground for sharing and this was cascaded through the newsletter which also facilitated circulation of News and planned activities. 

A formation seminar on the theme: „Joseph Cardijn., (Founder); Spirituality of YCW and work awareness’ was held with the participation of 12 young people and 4 adult companions. 

The theme for the next campaign would be „Together for a healthy future »
(Yann Defond, Adult companion YCW Cambodia)

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Le livre

S’informer sans image

En tant que citoyen et journaliste, je me tiens informé de l’actualité de façon scrupuleuse. Mes sources d’information sont la presse écrite et la radio. Quelques photos ou dessins peuvent arriver sous mes yeux, mais rarement des images vidéo, télévisuelles ou cinématographique.

J’entends parler de certaines personnes qui font régulièrement l’actualité depuis des années. Je pourrais parler d’elles durant des heures sans pourtant pouvoir mettre un visage sous leur nom, sous leur parcours de vie. En tant qu’athlète, je suis intensément les compétitions sportives internationales, sans jamais les regarder néanmoins.

En tant qu’artiste visuel, vidéaste, je ne suis pas iconoclaste, je ne suis pas opposé aux images. Pourtant je préfère laisser libre cours à mon imaginaire. Les visuels imposés restreignent l’imaginaire. L’esprit sait que l’imaginaire n’est pas la réalité. En revanche il est dupé par nombre d’images qu’il pense être la réalité. Toute image figurative n’est jamais qu’une représentation de la réalité. Elle est donc soumise à interprétation. Les images illustrent plus qu’elles informent. En m’informant sans visuel, je perds finalement très peu d’information.

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Les voisins

Vivre parmi le petit peuple ou bâtir la paix

J’entends régulièrement dire en français que telle ou telle personne est déconnectée. Mais finalement, personne n’est totalement ancré dans le réel. Il me paraît néanmoins que plus on vit de manière humble et insérée dans le petit peuple moins on est hors sol.

Le frère d’une voisine ouvrière en visite

À la question « Que feriez-vous si vous gagniez le gros lot du loto ? » la réponse la plus souvent donnée me fait dire que nous voulons tous une vie confortable, facile, dans une maison séparés des autres, éloignés de la réalité du monde. C’est exactement l’inverse de ce qu’a fait Dieu qui s’est anéanti (cf Philippiens 2, 7). Lui qui était tranquille dans son Royaume éternel, assis sur des montagnes de nuages moelleux, a choisi de se rapprocher des humains jusqu’à partager l’ordinaire de leur vie.
Alors que l’on soit riche ou pauvre, l’important est de conserver un mode de vie simple et une inclusion dans la société. Ainsi se construisent la paix et la concorde. Se rendre la vie plus agréable ne doit pas se faire au prix de sa propre exclusion. Il est légitime de vouloir gagner du temps ou de l’énergie. Mais à quoi bon faire travailler d’autres personnes pour soi ou bien même des machines et des robots pour soi si c’est pour perdre pied ? Le travail et l’effort forment le corps et l’esprit.

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Des jeunes en mouvement

La spiritualité de l’action ¹

J’ai été initié à la foi chrétienne dès ma prime enfance. Mais c’est grâce à l’action catholique que j’ai transité vers une foi adulte. À l’âge de 17 ans, j’ai découvert que Jésus Christ était une personne vivante présente dans ma vie. Alors j’ai demandé le sacrement de la confirmation pour parfaire mon baptême. Puis je suis devenu un militant chrétien. C’est à dire que je suis passé à une foi vécue et partagée. J’ai appris à vivre mes convictions. J’ai pris part active à la mission du Christ. La spiritualité de l’action a modelé ma vie, orienté mes choix, affermi mes engagements. J’en retire beaucoup de positif. Mon parcours de foi a façonné l’homme que je suis devenu.

Naturellement, je suis introverti. Grâce à l’Esprit saint actif en action catholique, j’ai appris à m’intéresser aux autres.
Naturellement, j’aime faire ce qui me plaît sans en référer aux autres. Grâce à l’Esprit saint actif en action catholique, j’ai appris à prendre en compte l’existence des autres.
Naturellement, j’aime faire les choses seul. Grâce à l’Esprit saint actif en action catholique, j’ai appris à agir avec les autres.
Sans être pour autant matérialiste, naturellement j’aime posséder. Grâce à l’Esprit saint actif en action catholique, j’ai appris à me déposséder de moi-même.1

La foi pure est parfaite mais elle se manifeste rarement sous cette forme. Elle se présente le plus souvent dans diverses spiritualités qui ont toutes leurs limites. J’ai peut-être vécu la mission de manière trop volontariste, parfois comme un sacrifice de moi-même. Apprendre l’abnégation à l’image de ces ouvrières qui quittent leurs familles la mort dans l’âme pour subvenir à leurs besoins n’est pas forcément une mauvaise chose. Cependant j’ai sans doute quelque fois négligé de prendre en compte mes charismes. Je pense par exemple douloureusement à ce camp pour adolescents que j’ai accepté d’accompagner durant deux semaines l’été 2002. Je n’ai aucun charisme d’éducateur et me retrouver moniteur ne m’enchantait guère mais je l’ai fait dans un esprit de service. Résultat, malgré ma bonne volonté, cela s’est mal passé autant pour moi que pour les autres. Aujourd’hui dans la mission, je ne renonce pas à prendre des initiatives ou à faire révision de vie mais je veille à œuvrer en priorité à ma propre conversion et à faire fructifier mes charismes (cf 1P 4, 10) pour manifester bien humblement l’amour de Dieu par ma présence attentionnée.

  1. Laisser l’action transformatrice du Saint-Esprit œuvrer en soi par l’action avec d’autres. ↩︎
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Les voisins

« Le célibat non consacré n’a aucun intérêt ! »

C’est ce que m’a lancé un fidèle laïc catholique le jour de la saint Valentin. Au début, comme cela arrive souvent dans ce genre de situation, il m’appelait លោកពុក, père. Une dame de ma paroisse lui a fait remarquer qu’on s’adressait généralement à moi en employant l’appellatif បងប្រុស, frère aîné (terme respectueux), et que j’étais célibataire. C’est alors qu’il a eu cette réflexion pleine de franchise.

Bien souvent, lorsque je suis amené à expliquer que je fais le choix du célibat, on me répond « marie-toi » ou bien « je ne te crois pas.» C’est vexant mais je ne me formalise pas. Certes, mon choix va à l’encontre de la loi naturelle. Cependant si je portais une toge de bonze, me formulerait-on ce genre réponse ? Mon mode de vie étonne parce qu’il est hors des cadres habituels, notamment hors de ceux de l’Église.

Les schémas sociaux-culturels locaux invitent à remercier ses parents, à leur rembourser sa dette envers eux, en ayant des enfants ou en prenant le froc. À propos de mon choix du célibat, on me demande parfois : « Et qu’en disent tes parents ? » Je suis un ingrat. Lors de mon temps de coopération alors que j’étais séminariste, une paroissienne m’a recommandé de procréer avant qu’il soit trop tard : avant mon ordination.

Jésus a dit : « Il y a des gens qui ne se marient pas, parce qu’ils ne peuvent pas le faire : pour certains c’est depuis leur naissance. D’autres, c’est parce qu’on les a empêchés de le faire en les rendant eunuques. Et il y a des gens qui ne se marient pas à cause du Royaume des cieux. » (Matthieu 19:11-12). Pendant longtemps, j’ai cru choisir le célibat à cause du Royaume des cieux. Aujourd’hui, je crois faire partie de ceux qui ne peuvent pas se marier. D’un point de vue purement formel, bien évidemment, je pourrais me marier. Mais du point de vue du bonheur à construire dans le mariage, je ne pense pas en être capable. Je m’épanouis pleinement dans le célibat. Or je remercie l’église de faire la proposition du célibat. Grâce à elle j’ai trouvé ma place. Et je tente de mettre mon état de vie au profit de l’annonce de l’Évangile. Marié ou célibataire, l’important est d’avoir une vie féconde comme  un sarment de vigne qui porte beaucoup de fruit (cf Jean 15, 5). 

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L'usine

Le Cambodge se rêve en pays riche, avec un lourd prix à payer pour les plus pauvres

Article de  Brice Pedroletti paru dans Le Monde le 3 décembre 2024.

Le Français Yann Defond, 45 ans, auteur d’Une vie avec les ouvriers du Cambodge (Les impliqués, 2022), côtoie ce prolétariat : il vit en immersion dans les quartiers ouvriers depuis quinze ans.

Extrait de l’article

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Les voisins

Noël et Nativité

Tous les ans, deux fêtes se côtoient le même jour : Noël et la Nativité. Et si ce temps de l’Avent qui commence nous permettait de nous préparer adéquatement à l’évènement célébré le 25 décembre ?

Dans le calendrier liturgique, la fête de la Nativité du Seigneur correspond à la solennité de la naissance du Christ, c’est-à-dire du Messie annoncé par les écritures. On peut tout à fait y voir une fête de l’incarnation, soit la fête de Dieu qui, par amour pour les êtres qu’il a créé, va jusqu’à épouser leur condition : « Dieu s’est fait homme pour que l’homme se fasse Dieu » (saint Irénée de Lyon). « Il s’est anéanti en devenant un homme sur la terre » (Philippins 2, 7). Nos chemins deviennent les chemins de Dieu (cf Isaïe 55) qui vient vivre à nos côtés.

De manière très progressive, la fête de Noël a dérivé de la fête de la Nativité en perdant son sens religieux. Il s’agit de la fête populaire des familles, des enfants. Les bougons ajouteront que c’est la fête commerciale des cadeaux mais tout n’est pas à jeter.

En langue khmère, il existe également deux mots distincts : បុណ្យគ្រីស្មាស (Christmas, pour la fête populaire) et បុណ្យព្រះយេស៊ូ​ប្រសូត (Nativité de Jésus, pour la fête religieuse). Le terme បុណ្យ​ណូអែល (Noël), plus neutre, porte lui les deux connotations, comme en français avouons-le.

Ces deux fêtes ayant un sens différent mais une proximité historique, il est regrettable qu’elles tombent le même jour. Evidemment, Noël trouve son origine dans la Nativité. Il est donc tristement normal que la simultanéité demeure dans le calendrier. Ainsi la confusion est renforcée. Et l’auguste sens de la fête de la Nativité du Seigneur se voit dégradé. Célébrer, à l’image du bienheureux père Antoine Chevrier de Lyon, la naissance révolutionnaire d’un enfant qui vient rejoindre tous les pauvres dans leur vie concrète et donne un sens nouveau à la vie humaine n’est plus une évidence.

Naturellement, le mot noël est une déformation du mot latin natalis qui a lui-même donné nativité. Vouloir dissocier les deux termes est donc hardi. Par cette distinction sémantique, ma réflexion pour ce temps de l’Avent est une humble invitation à distinguer les deux fêtes de manière à retrouver le véritable sens de la fête originelle du 25 décembre. Loin de moi l’idée de vouloir fustiger le sens tout à fait honorable de la fête populaire de Noël même si l’on peut regretter sa coïncidence calendaire avec la Nativité. Le père Noël a débarrassé cette dernière de son sens religieux dans une volonté bienveillante d’élargissement alors que le message de la Nativité est justement universel, il s’adresse à toute l’humanité. Le Seigneur Dieu rejoint tout homme et toute femme en naissance dans le monde, nourrisson fragile accueilli dans l’amour par un couple rejeté.